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When the saints go writing home

Posted on 30 Apr, 2014 in History | 4 comments

François.MarieTest

Le 3 avril dernier, l’histoire de la Nouvelle-France s’est réécrite encore une fois, et d’une manière qui était tout à fait imprévisible par ceux qui l’ont vécue…

Marie Guyart est née en France en 1599. Fille d’un boulanger, elle est donnée en mariage à un très jeune âge. Veuve aussitôt après, elle s’occupe de son fils toute seule. Pour subvenir à leurs besoins, Marie aide sa sœur et son beau-frère à gérer leur entreprise de transport. Souvent, c’est Marie qui négocie seule les contrats avec les cochers et pilotes de la vallée de la Loire.

À l’âge de 31 ans, elle se tourne vers une vie religieuse. Elle se cloître chez les ursulines de Tours, laissant son fils sous la garde de sa sœur. Un moment traumatique pour tout le monde. Quelques jours plus tard, son fils Claude se retrouve devant les portes du monastère, réclamant le retour de sa mère. Marie, de son côté, est tout aussi désespérée. Elle comparera cette période de sa vie à la mort.

En 1639, Marie Guyart – maintenant Marie de l’Incarnation – se rend à Québec avec deux autres sœurs ursulines. En tant que mère supérieure, Marie gère la fondation du monastère de Québec ainsi que l’école connexe. Marie y instruit aussi bien les jeunes filles françaises que les Amérindiennes dont les familles habitent les environs. Elle profitera de la présence de ces dernières, entre autres, pour rédiger certains des premiers dictionnaires entre le français et les langues autochtones de l’Amérique du Nord.

Vingt ans plus tard, lorsque François de Laval arrive en Nouvelle-France, Marie est une force majeure dans la petite colonie. Non seulement ses ursulines fournissent une grande partie des services sociaux, mais Marie elle-même est devenue une conseillère estimée par les hommes de pouvoir dans la colonie. À la différence de ces derniers, Marie reste sur place en tout temps. C’est surtout son implication profonde dans les communautés autochtones qui a fait d’elle une ressource de grand valeur pour les autorités de la Nouvelle-France.

C’est en juin 1659 qu’elle voit François de Laval pour la première fois. Officiellement vicaire apostolique, il exerçait les pouvoirs d’un évêque. Il est en quelque sorte un nouveau patron pour Marie et apporte une nouvelle dynamique politique dans cette colonie qu’elle connaît depuis deux décennies. Le nouveau venu met tout de suite la main à pâte. Entre autres choses, il s’occupe personnellement des victimes du typhus, une maladie apparue à Québec cette même année avec le navire St-André. Ces efforts-là n’étaient que le début d’une longue carrière en Nouvelle-France pour François de Laval, une carrière qui ne prendra fin que 50 ans plus tard lors de sa mort en 1708.

Mais cet automne de 1659, lorsque Marie apprend à le connaître, il est un inconnu. Une lettre de valeur inestimable dans laquelle elle raconte ses impressions à son fils toujours en France nous reste encore aujourd’hui. L’ironie de ses mots est magnifique…

Mon très-cher et bien-aimé Fils. Ce m’a été une grande privation de voir un Navire arrivé, et de ne point recevoir de lettres de votre part. J’ay pourtant été toujours persuadée que vous m’aviez écrit; mais j’ay cru, et je ne me suis pas trompée, que vos lettres étoient dans le premier vaisseau, qui nous apportoit la nouvelle que nous aurions un Evêque cette année, mais qui n’a paru que long-temps après les autres. Ce retardement a fait que nous avons plutôt reçu l’Evêque que la nouvelle qui nous le promettoit. Mais ça été une agréable surprise en toutes manières : Car outre le bonheur qui revient à tout le païs d’avoir un Supérieur Ecclésiastique, ce lui est une consolation d’avoir un homme dont les qualitez personnelles sont rares et extraordinaires. Sans parler de sa naissance qui est fort illustre, car il est de la maison de Laval, c’est un homme d’un haut mérite et d’une vertu singulière. J’ay bien compris ce que vous m’avez voulu dire de son élection; mais que l’on dise ce que l’on voudra, ce ne sont pas les hommes qui l’ont choisi. Je ne dis pas que c’est un saint, ce seroit trop dire : mais je dirai avec vérité qu’il vit saintement et en Apôtre. Il ne sçait ce que c’est que respect humain. Il est pour dire la vérité à tout le monde, et il la dit librement dans les rencontres. Il falloit ici un homme de cette force pour extirper la médisance qui prenoit un grand cours, et qui jettoit de profondes racines. En un mot sa vie est si exemplaire qu’il tient tout le païs en admiration.*

En 1659, Marie Guyart n’irait pas jusqu’à dire que François de Laval était un saint, mais aujourd’hui tous les deux le sont, canonisés ensemble le 3 avril, 2014 par le Pape François.

*Guyart, Marie. 1971. Correspondance. Oury, Dom Guy (Ed.). Abbaye Saint-Pierre : Solesmes, p. 613.

4 Comments

  1. Salut Neil,

    J’ai beaucoup aimé ton texte sur ces deux personnages importants de notre histoire. Comme Marie, je ne sais pas si ce sont deux saints(ce qui semble une évidence pour le pape François, mais bon!) Je sais par contre qu’ils ont joué un rôle très important dans le développement de Québec et de la Nouvelle-France.

    Je tiens à souligner la qualité de ton français écrit. Unilingue, j’ai beaucoup d’admiration pour celles et ceux qui, comme toi, maîtrisent deux langues ( et qui ne se contentent pas de se débrouiller dans ces deux langues…) Reçois toutes mes félicitations.Au plaisir!

  2. Bonjour Neil,

    Comme dirait M. Lebel, “Une autre information (certes intéressante) à déposer dans notre grand Panier à provisions”. Merci, DL

  3. Merci Neil de nous transmettre ce message.

    En effet, il est bon de se rappeler l’ardeur et le courage de ces religieux qui étaient conscients de travailler dans un pays de “MISSION”. Nous ne pouvons que nous réjouir de cette reconnaissance de l’Église qu’est leur CANONISATION,démontrant ainsi l’importance de mettre en évidence des “MODÈLES” qui ont marqué l’histoire de la Nouvelle-France.

  4. quel grande missionnaire Marie j aurais bien aimé la connaître cette grande dame , sauf quand je vois en caleche une Ursuline se promener je me dit bien voila elle est encore ici dans si belle ville que Marie et francois nous ont laisser en heritage

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